Les représentations au théâtre de la Bastille sont à mes yeux un accomplissement. Anne-Lise Heimburger et Fabien Orcier sont allés encore plus loin dans leur art. Il y à la quelque chose que j'ai longtemps cherché au théâtre, et j'en suis particulièrement fier.
Voici quelques réactions sur des blogs, et j'en remercie leurs auteurs.
http://allegrotheatre.blogspot.com/2009/04/idntite-de-gerard-watkins.html
http://www.evene.fr/culture/agenda/identite-30888.php
Et voici un interview que je trouve intéressant, puisque ces questions m'ont été posées par des doctorants en Droit, à Grenoble. Qui ont cherché à tisser des liens entre le l'art et le droit. J'ai été touché par la pertinence des questions.
IDENTITE
Entretien avec Gérard Watkins
1) Pourriez-vous vous présenter en quelques mots : comment êtes vous venu à l'écriture et à la mise en scène?
Je faisais du théâtre au Lycée. À 15 ans, on m’a demandé de mettre en scène une pièce en un acte. Je ne trouvais rien qui résonnait avec mon époque. J’en ai écrit une.
CHOIX ARTISTIQUES – ESTHÉTIQUES :
2) Pourquoi avoir intitulé votre pièce "Identité"? "Identité" au singulier ? Y a-t-il une référence directe au Ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale ?
Non. Ce titre est venu comme ça. Le mot revenait souvent dans le texte. J’aime les titres courts, laconiques. C’est au singulier parce qu’au pluriel, ça raconte trop de choses. C’est trop un commentaire. C’est plus objectif, au singulier.
3) Il s'agit d'une mise en scène très épurée (pas de changement de lieu, de décor, pas de noir entre les scènes...) qui peut dérouter le spectateur. En quoi une telle mise en scène, moins classique, sert-elle mieux votre propos ? Pourquoi ce choix-là ?
Je pense que l’oeil et l’ouie, et, par prolongement, les sens et l’intelligence sont devenus incroyablement formatés par les médias et par la société du spectacle. Au théâtre, c’est à peu près pareil. Beaucoup de spectacles se ressemblent et obéissent à des règles quasi télévisuels. Il est absolument essentiel, et je pense que c’est là l’acte le plus politique, de casser ses habitudes et de réapprendre à donner, à écouter, et à voir. Et que cet apprentissage soit réciproque avec le public. Il n’y avait aucune raison de faire quoique ce soit comme effet entre les scènes. Le rapport au temps est pris en charge dans le texte. Je n’en ai donc pas fait. J’adore l’idée qu’il n’y a aucune alternative que les acteurs.
4) Pourquoi situer l'histoire dans un temps qui semble suspendu : une nuit blanche et dans un endroit sans grande identité, ambigüe (un salon? une chambre?). Ce lieu semble d'ailleurs être une pièce d'intérieure, d'une maison mais plus on avance dans l'histoire, plus il fait penser à d'autres lieux connus : une chambre d'hôpital, un hall d'attente...
Je travaille d’une manière très concrète et réelle avec les acteurs. J’ai donc besoin d’un contraste avec le lieu où ils se trouvent. Vous répondez partiellement à la question. C’est précisémment pour qu’on y voit un hall d’attente, une chambre d’hopital et pourquoi pas un train. J’aime l’idée que cette terre est un lieu de passage. Rien d’autre. Qu’on a à peine le temps de s’y installer. C’est pourquoi il n’y a pas de table ni de chaise. Rien qui puisse influencer le corps, en fait. Ces déplacements sont aussi permis et rendus possibles par le jeu intérieur des acteurs.
5) Quel est le rôle du public dans une telle mise en scène ? dans quel état d'esprit aimeriez-vous qu'il sorte de votre représentation ?
Le public est actif. Il doit rêver, recoller les morceaux. Et travailler sur des résonances. Faire de cette problématique la sienne. Celle de sa vie. De ses compromis. De ses espoirs. Il doit se positionner. La distanciation brechtienne, c’est ça, c’est tout simplement rendre le monde transformable. J’aime bien qu’il soit touché, surtout. Toucher, c’est sensuel et émotif. Je ne suis pas d’accord que les emotions empechent la reflexion. Je trouve cette idée aberrante en fait. Les emotions constituent l’intelligence.
6) Pourquoi avoir choisit un couple ? D'où vous est venu l'idée de ces personnages? De leur psychologie?
J’ai toujours voulu écrire un face à face entre un couple. Je crois que je promène ce couple intérieurement depuis un quart de siècle. Et qu’ils sont sortis comme ça un bel été, et qu’ils s’appelaient Marion et André et. Mais si je me souviens bien, ils se sont toujours appelés André et Marion. Leur psychologie? De la mienne, je pense. Comme tout auteur dramatique, je me divise en personnages, et je fais des allers-retours entre eux.
7) Marion et André Klein ne se connaissent pas finalement. Lui le dit explicitement à la fin de la pièce, et on le devine lorsque, par exemple, il lui demande de remplir sa date de naissance (début de l'identité ?) alors qu'il a rempli le reste du formulaire à sa place. On en vient presque à douter qu'il s'agisse d'un couple…
La prochaine fois que vous croisez un couple, observez les bien! Il y a un cri dans le spectacle, un seul. Pas vraiment un cri. Une réplique où on élève la voix. C’est “Je ne sais pas qui tu es.” Pour moi, les rapports amoureux sont comme une danse autour d’un gouffre. Il y a une phrase que vous n’avez pas relevé et qui pour moi raconte ça. “Ils n’ont rien remarqué de mon état. C’est ça l’amour.” Le theme de l’amour a pour moi toujours mené à celui de l’étranger. C’est à cet endroit où le politique et l’intime fusent avec ferveur.
8) Quelles sont les références artistiques qui vous ont porté dans l'écriture et la mise en scène d'Identité ? (Dogme 95, Osborne, Kane)
Elles sont nombreuses. Kane, Pinter, Noren, Rodin, Camille Claudel, Mike Leigh, Joseph Losey, Gus Van Sandt, Sarraute, Bergmann. Ce sont des artistes qui me touchent et me traversent constamment.
9) Pourquoi en pas avoir choisi des acteurs étrangers ? Cela aurait-il changé la portée de la pièce ?
Des acteurs etrangers pour jouer Marion et Andre? Ou écrire des roles pour des etrangers?
Je répondrais a la seconde parce que d’après moi, on ne peut pas répondre à la première. Nous sommes tous des étrangers. Pour la seconde, le propos de la pièce était justement de poser les questions posées à des étrangers à des Européens. D’inverser le processus. Fermer les frontières, et vous verrez comment la chasse à l’étranger prendra toute son ampleur. On en trouvera toujours. On en inventera toujours. On ne peut pas s’en empêcher.
PORTEE POLITIQUE
10) Le théâtre a-t-il, selon vous, la possibilité d’influencer et de faire progresser le droit des étrangers ?
Bien sûr. En fait, je crois que la réponse poétique, ou plutôt la riposte, puisque la poésie en soi ne peut pas apporter de réponse, est essentiel. D’autant plus que je crois que les gens en ont particulièrement marre des discours bradés, galvaudés, vides et creux. Les actes sont très bien aussi. Poésie et actes. C’est un beau mélange.
11) Vous avez expliqué que l'une des motivations de cette pièce a été la révolte que vous avez ressentie à l'encontre de l'amendement Mariani qui vise à durcir les conditions du regroupement familial. Cet amendement autorise notamment les tests ADN dans certains cas (il offre aussi la possibilité de renvoyer des personnes malades dans leur pays). Cet amendement a d'ailleurs suscité beaucoup de réactions d'indignation ("touche pas à mon ADN"), considéré comme un texte raciste. Dans votre pièce, vous faites un parallèle implicite entre ce texte et les lois édictées contre les juifs pendant la guerre. N'est-ce pas un rapprochement exagéré (comme le dit André Klein, pour les juifs, il s'agit d'une extermination)? ou bien cela relève-t-il vraiment de la même logique selon vous ?
Ce n’est pas un effet de la loi Godwin! Je ne fais pas un parallele, puisque dans la piece, il ne s’agit pas explicitement de l’amendement Mariani. Ce que l’on voit est inventé. Est une licence poétique. Je veux dire que je ne me permettrais jamais au théâtre quelque chose de grossier comme ça. Par contre, on entend une logique. Une logique qui se fraye un chemin. Et oui, la logique des gens qui écrivent des lois comme celle dans Lopssi 2 qui va permettre d’expulser des gens qui vivent dans des yourtes dans le Larzac ou les Cevennes, et de leur coller une amende, répond à la même logique. La même logique de pensée. Les actes ne sont évidemment pas comparable, mais la logique de la pensée est malade, même si elle n’est pas aussi malade. Ce sont des fonctionnaires tout à fait dangereux, qui poussent en ce moment les gens à bouts, car en poussant les gens à bout comme ils font quotidiennement, ils peuvent rallumer, entretenir les tensions, et en rallumant les tensions, on peut a nouveau écrire d’autres lois, plus dure encore. Raviver la peur de l’étranger, mais surtout de l’étranger qui vit en nous. Celle qui refuse les lois, disons, qui formattent. Ces lois sont pathétiques de bétise, hysteriques de peur, et traduisent une lâcheté qui fait honte. Non, bien sûr il ne s’agit pas d’un génocide. Mais ce sont les mêmes mécanismes qui provoquent des génocides. Ou plutot qui provoquent une régression telle dans les rapports humains qu’elles pourraient éventuellement mener à des génocides.
11) La France n’est pas le seul Etat à avoir pris des mesures en ce sens (12 ou 13 autres Etats) pour contrôler l’arrivée des étrangers et le regroupement familial. Peut-on parler d’un ciblage des étrangers, et de certains étrangers plus que d’autres ?
Oui. L’Europe va très mal. La xénophobie est de plus en plus présente. Elle augmente. On a parfois l’impression que ces lois sont là pour calmer la montée en puissance des extrémistes de droite. Mais comme ce ne sont pas vraiment les étrangers qui provoquent la rage des extrémistes, ce ne sont pas les étrangers qui ferment des usines, augmentent les loyers, et nivellent les acquis sociaux. Certains bleds en France avec des taux de Front National élevés ont de faibles populations d’immigrés. Oui, on peut parler d’un ciblage. Oui, on peut parler de racisme. Oui on peut aussi parler de regréssion. C’est un vrai problème. En même temps c'est un véritable trouble identitaire, et on ne peut pas mettre ça entièrement sur le dos du libéralisme, puisque le problème est nettement moins présent aux USA. C'est complexe, l'origine des xénophobies et des forteresses. Les médias n'arrangent rien et jettent constamment de l'huile sur le feu.
12) Vous tordez l'histoire en évoquant la Rafle du Vel d'Hiv et en faisant écho à l'amendement Mariani et mettez sur un même plan des réalités différentes. Pourquoi faire des anachronismes, retour en arrière : pour provoquer? établir des liens logiques ? créer un espace hors temps ?
Une fois de plus, je n’évoque pas l’amendement Mariani dans la pièce. Et il n’y a pas d’anachronismes. Marion Klein évoque des recherches à la bibliotheque municipale. Il n’ y pas torsion d’histoire. Il y a une torsion de l’univers dans lequel nous évoluons. Parce que j’estime que cet univers subit lui même une torsion. On nous y fait croire à des fictions. (Fatalité libérale, peur de crises économiques mondiales, scénarios catastrophes, etc.…) Pour moi l’histoire est en nous. Elle jaillit constamment. Nous vivons actuellement une période totalement amnésique par rapport à elle. Nous n’osons pas, de par les traumatismes passés, y chercher du sens. Cet espace hors-temps éxiste donc en nous. J’aimerais bien travailler un jour là-dessus. Sur cette présence. Je trouve cela intéressant que vous l’ayez ressenti.
12) Vos personnages sont confrontés à un choix personnel qui va, selon leur décision, les intégrer ou les écarter de la société : André Klein accepte sa logique, Marion Klein la refuse. Peu d'artistes acceptent le terme d' "artiste engagé". En mettant en scène une question de politique actuelle comme celle-ci, tout en rappelant des évènements politiques passés, (bien qu'il ne faille pas, bien sûr, s'arrêter à cette seule dimension-là dans votre pièce), faites-vous preuve d'engagement ?
Je suis un artiste engagé. Engagé dans une vision du monde et dans le désir d’en faire mon art. Engagé dans ma croyance que les poètes voient des choses. Et que la politique fait partie de ces choses. Et que mes textes en sont donc emprunt. L’art moderne d’après moi contient un effet d’immédiateté. Regardez la vitalité des artistes plasticiens chinois. J’ai toujours rêvé d’être la contradiction vivante de certaines personnes, disons de la génération précédente, pour qui théâtre et politique sont inconciliables. C’est un très vieux débat avec le théâtre Français. Pourtant, le théâtre politique anglo-saxon ou plutôt leur théâtre social ne me convient pas pour autant, car je le trouve trop télévisuel. Cette époque va mal. C’est pourquoi je suis engagé. Il y a un bras de fer nécessaire avec ce qui se prépare. Ca me paraît évident.. Parce qu’elle est engluée, ne décolle pas, et provoque plus de peine que de joie.
13) La France est-elle un pays intégrationniste ?
J'ai l'impression que je ne suis pas très bien placé pour répondre à cette question. Il faut clairement la poser à la population immigrée, ou issus d'immigrés. La société de consommation est intégrationniste, mais ça c'est un autre débat.
REFLEXIONS SUR LA SOCIETE (en général)
14) Nous suivons l'histoire, à un moment précis, de vos deux personnages Marion et André Klein, qui est intime, mais il plane toujours en fond les contraintes de la société, ses aberrations, sa dureté. Un mélange inextricable entre l'intime et le collectif. Marion et André sont-ils des naufragés de notre société ? Un couple normal broyé par elle ? Qui n'existent plus l'un par rapport à l'autre mais selon les règles qui leur sont imposées ?
Je ne pense pas qu’ils en soient là. J’aurais alors écris un couple normal, dans ce cas là, qui parlerai de crédit immobilier, d’abonnement Adsl, de promotion dans leur travail, et de la performance scolaire de leurs enfants à l’école. J’ai tenu à ce que Marion et André soient socialement indéfinissables, universels. Leur précarité à un registre assez large. Leur marginalité, aussi. Notre présence dans ce monde est impossible sans marginalité. Marion et André ont une manière de surfer sur le rien, sur le vide. Ce qu’ils nomment et identifient de leur entourage social est une comédie un peu pathétique. Petit à petit, ils s’acclimatent. Ils baissent leur garde. Je ne dirais pas qu’ils sont broyés par la société. Je dirais que leur défenses se délitent, et qu’ils n’ont plus aucun repère. Que leurs choix leur font mal. Quand on voit quelqu’un plonger dans son entourage, c’est souvent ça. Ce monde est intenable, sans défenses. À force de regarder une société qui part en vrille, on part en vrille soi-même.
15) Dans un premier degré de lecture de la pièce, on peut aussi entendre l'identité comme celle de l'appartenance à une famille. Dans la pièce se juxtapose finalement deux identités: celle de l'intime, de l'histoire personnelle et celle qui relève de l'identité officielle, administrative. Est-ce une façon de dire que la sphère publique, étatique tend à s'insinuer de plus en plus dans la sphère privée? Avec le RSA par exemple, les demandeurs doivent renseigner des champs très personnel (travail au noir par exemple) pour un contrôle accru. Comment voyez-vous cette frontière entre privé et public aujourd'hui au regard des politiques menées mais aussi de l'évolution de la société "de l'information" (usage des TIC) ?
J’y vois la fin de l’innocence. J’y vois la fin des libertés. Je nous vois tous chassés du Jardin d’Eden. Je vois qu’un couple vient de sefaire détruire une yourte dans laquelle ils vivaient, parce que Lopssi 2 l’interdit. Je vois 4000 caméras qui vont etre posées dans les rues de Grenoble. L’intimité, et notamment l’intimité que représente la famille, qui est bel et bien la source, le foyer de l’intimité, est pour moi sacré. C’est vraiment ce qui ma le plus révolté dans l’amendement Mariani. J’entends aussi par intimité le libre arbitre. Ou je décide de vivre. Comment je décide de vivre. Etc.
16) L'histoire de ces personnages est assez floue. Le public imagine leur passé, guidé par les quelques indices qu'il a pu glaner. Le questionnaire lu par les personnages donne aussi à penser sur le passé des personnages. On se demande finalement comment ils ont pu arriver dans cette pièce. Ce brouillage des pistes, du temps, nous invite à réfléchir sur la mémoire. Comment percevez-vous notre rapport au temps, au passé, à la mémoire collective et individuelle?
Exactement comme ça, flou. Je commence toujours à écrire en imaginant un objectif. Il faut faire le point. Ca met du temps. La mémoire, notre mémoire, est constamment prise d’assaut. J’ai ce rapport-là au monde, en fait. Mais je n’ai pas cherché à brouiller les pistes volontairement. Juste à être radicalement honnête avec ce qu’ils ont à se dire. Ce qui explique qu’il n’y a pas comme il peut y avoir dans un certain théâtre de scènes d’expositions. Je pense que l’écriture a toujours à voir avec la mémoire et avec le temps. Et la circulation d’un personnage à l’autre a a voir avec celle qui se tend entre la mémoire intime et la mémoire collective. Les fables tissées aussi ont à voir avec une tension entre les deux. C’est ça qui génère mes fictions, en fait. La mise en scène est le prolongement de cet acte. Je suis obsédé par le temps.
17) Votre personnage semble obsédé par l'argent, l'argent quel qu'en soit le prix. Est-ce notre crédo aujourd'hui ?
Il n’est pas si obsédé par l’argent que ça. Il n’a juste pas le choix. Là ou ils en sont, son choix, c’est ça, ou l’exclusion définitive. On ne lui demande pas de tuer quelqu’un, de faire du mal. Juste d’ouvrir son intimité. Juste de se détruire soi meme, en fait. Se détruire, et détruire son bonheur. Je ne pense pas qu’André ferait du mal a autrui pour de l’argent. Je crois qu’il y a en lui une force qui veut a tout prix déballer son intimité, de par l’histoire trouble de sa famille. Je pense que ce sont en fait ses vraies motivations. Un lourd héritage familial. Même son rapport a l’argent est une forme d’héritage familial. Marion, elle est obsédé par l’argent en tant qu’abstraction. Pour elle, il s’agit d’une oeuvre abstraite, d’un corps étranger. Notre rapport a l’argent aujourd’hui est devenu assez pathétique. Il est constitué par un rapport constant à la frustration. On parle constemment de pouvoir d’achat. Même les Socialistes en font leur cheval de bataille. Depuis l’Euro, au-delà de la nostalgie du franc, et qu’il creuse en nous un rapport a la mémoire et à l’oubli, il est teinté d’un rapport au vertige, à la vitesse, au sentiment qu’il finira par nous écraser tant il aura perdu contrôle.
18) Juridiquement, il faut des critères permettant d'associer une nationalité à des droits et des devoirs. Quels droits avons-nous encore si l'on observe vos personnages ? Celui d'accepter les règles ou de mourir, c'est-à-dire de sortir du système ?
Je ne comprends pas le principe qui constitue a associer des droits et des devoirs à une nationalité. Les droits et les devoirs pour moi sont associés au fait de rejoindre le cercle des humains. Comprenez moi bien. Je suis très légaliste. Les lois sont essentielles, et je les respecte. J’essaye de me dire chaque jour qu’elles nous font plus de bien que de mal. Je préfère les lois telles qu’elles sont votes en Hollande, par exemple, ou une des dernières lois passées consiste a autoriser de faire l’amour dans les parc publics. Comme l’acte existe, ils se sentent en empathie pour le déviant, qui vie une double vie, a une famille, et retrouve parfois d’autres hommes dans les bosquets. Ils ne l’encouragent pas, par cette loi. Ils le comprennent, et le protégent. En France, où tout le monde est occupé a regarder et si possible dénoncer son voisin, on a plus le réflexe de “et si tout le monde faisait comme eux!” J’ai l’impression qu’en parlant d’identité nationale, les Français sont passionnés par les lois, qu’ils s’en inventeraient eux mêmes si il n’y avait pas de système juridique. Le clivage avec les banlieus vient principalement de ça. Ils ne comprennent pas que d’autres lois éxistent ailleurs. Les lois sont déjà identitaires. On s'approprie une loi des qu’elle est formulée. Le pont avec mes personages se fait à cet endroit là. Puisque le theater est l’art de l’humain et de ses abimes. Un florilege de ses abimes. Et l’excluison est une machine de guerre de plus en plus radicale violente et fulgurente. Chez les jeunes, l’exclusion se pratique de plus en plus tot. Le passage a l’age adulte est un acte de plus en plus difficile.
19) Pensez-vous que l'on peut définir une identité française de façon administrative? Pourquoi vouloir le faire ?
La définition existe déjà, administrativement. Elle a été écrite, il y a 222 ans. Liberté, égalité, fraternité. C’est vraiment ironique que les les débats mis en place, et les nouvelles lois, racontent l’inverse. L’inverse, inverser les sens les valeurs, ce à quoi s’atèle avec ferveur les institutions, fait partie des perversions dont parle Marion Klein.
20) Si on replace le débat français sur l'identité dans un contexte de mondialisation, la question de critères identitaires devient de plus en plus absurde. Parler de cela n'est-ce pas un moyen de prendre conscience qu'on ne peut pas définir une identité, de dépasser le clivage entre chacun et finalement de chercher ce qui nous relie ?
J’aime beaucoup cette question. Evidemment. Chercher ce qui nous relie, ce qui nous émeut en l’autre, ce qui nous reveille, comment il a fabrique l’objet qu’on tient dans la main, comment il a récolté le légume qu’on jette à la fin du repas, comment il a appelé son dernier né, pourquoi le temple est orienté au nord, il y a tellement de questions à poser qui ouvrirait nos esprits et nous feraient vivre dans un monde meilleur. La banalité et la stupidité du débat sur l’identité nationale est a frissonner dans le dos.
21) Y a-t-il aujourd’hui une citoyenneté de l’Union européenne, qui rendrait absurde toutes ces mesures sur le contrôle de l’immigration ?
Et une citoyenneté mondiale ? Est-ce envisageable ?
Je ne comprends pas bien le sens de cette question. La citoyenneté européenne ne rend pas absurde les contrôles de l’immigration puisqu’elle en impose des plus dures et plus restrictives chaque année. La deuxième question me rappelle une très belle chanson de John Lennon ! Pour y répondre plus sérieusement : Je ne sais pas.
22) L’Europe n’est elle pas en perte de vitesse dans sa conception du modèle familial, et donc du regroupement familial, par rapport au reste du monde ?
Oui. Le formatage obsède tout le monde. Mais ne satisfait personne.